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Conférences & Exposés Le texte correspondant se trouve soit dans le livre "20 chapitres de l'histoire de Monticello" (cf. les différents chapitres), soit disponible auprès de l'association. |
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| Monticello et les razzias barbaresques du 16e siècle par Jean-Louis Orticoni et Domi Taddei Exposé du 17 avril 2010 Introduction Depuis l’an passé, notre association a décidé de porter notamment son attention sur les razzias qui frappèrent notre village au XVIème siècle. En particulier, nous avons eu la chance de bénéficier de la remarquable conférence du professeur Vergé-Franceschi, spécialiste d’histoire maritime à la Sorbonne, à l’occasion de notre traditionnelle assemblée du mois d’août. Le débat assez exceptionnel qui s’en est suivi avec une grande partie de l’assistance nous a montré qu’il serait utile de compléter cette conférence par un exposé, certes plus modeste, mais qui serait plus directement centré sur les seules razzias à Monticello et cela d’autant plus que nous disposons d’un ensemble de documents qui permettent de préciser les circonstances et les effets de ces drames successifs. On se contentera, par conséquent de rappeler quelques conclusions du professeur Vergé-Franceschi indispensables pour restituer le cadre de notre exposé : la guerre de courses a été pratiquée pendant des siècles par toutes les puissances, ne serait ce que pour trouver un nombre suffisant de galériens pour leur flotte. C’est ainsi qu’en Méditerranée occidentale, redevenue un « lac chrétien », à partir de 1015, ce sont les corsaires catalans, aiguillonnés par l’alliance du roi d’Aragon et des seigneurs cinarchesi, qui étaient les plus actifs sur nos côtes au XVème siècle. Il faut attendre 1407 pour signaler les premières incursions musulmanes en Corse, mais elles ne touchent pas encore la Balagne. Selon le témoignage de Mgr. Giustiniani, elles deviennent systématiques, dans les années 1520, à l’encontre du Cap Corse, la principale région commerçante de l’île. Ainsi, en novembre 1529, le gouverneur génois Salvago écrit que « les Infidèles ont détruit tout le Cap Corse », obligeant quotidiennement les Cap Corsins à racheter les habitants qu’ils viennent d'être capturés en les réduisant à la plus extrême misère. Le péril devient quotidien, les fustes barbaresques tiennent les côtes de Corse, particulièrement celle du Cap Corse, de la Balagne et d’Ajaccio et viennent ravitailler dans le golfe de Saint Florent "come in casa sua ". On comprend que, le Cap Corse étant ainsi réduit, les corsaires s’en prennent à la Balagne voisine, d’autant plus que la plupart des tours d’alerte et de défense n’ont pas alors encore été construites. Cela leur est d’autant plus facile, après que Charles Ier d’Espagne ait été élu empereur en juin 1519, au détriment de son rival le roi de France. Devenu Charles Quint, il règne désormais sur un empire sur lequel « le soleil ne se couche jamais », des possessions orientales dépendant de Vienne au « nouveau continent », dépendant de Madrid, en passant par les richesses de Flandre et d’Italie. L’antagonisme entre les deux dynasties conduit chacun des deux rivaux à la recherche d’alliés, capables de leur assurer la suprématie, notamment en Méditerranée. Ainsi les Génois rejoignent en 1528 le camp de Charles Quint, après le renversement d’alliance d’Andrea Doria, qui fait que la dynastie des Habsbourgs prend désormais en tenaille celle des Valois. Dès lors le Très Chrétien roi de France, François Ier et Soliman le Magnifique nouent une alliance, d’abord tacite, puis explicite en février 1742. Jugée contre nature par le reste de la Chrétienté, elle a pour but principal de briser l’étau. Quoi qu’on pense du bien fondé de cette alliance, elle avait pour contrepartie la liberté pour les Turcs de « se payer sur les habitants » côtiers de toutes les possessions des Habsbourgs et de leurs alliés génois (depuis 1528, après) et même d’hiberner régulièrement en Corse plutôt qu’à Toulon, comme ils l’avaient fait en 1543-44. Cette alliance donnait ainsi un blanc seing à des razzias sur la Corse, qui allaient notamment bouleverser toute la côte occidentale de l’île. Même après la paix du Cateau-Cambrésis (1559), qui confirmait la souveraineté de Gênes sur la Corse et renvoyait la flotte turque chez elle, les « Régences » qui dépendaient de la Sublime Porte poursuivirent leur guerre de course, principalement à partir d’Alger, mais aussi de Tripoli, Tunis et, beaucoup plus rarement, de Salé et du Maroc, continuant d’être appelés « Turchi » par les Génois et les Corses. Ces derniers étaient parfois plus divisés sur la question qu’on ne pourrait le croire, notamment du fait du rôle de Sampiero Corso, au centre de l’alliance franco-turque et nombre d’entre eux n’hésitaient pas à jouer les rôles de renégats, devenant même parfois d’illustres corsaires « turcs ». Dans bien des cas, les prises dépassaient de très loin leurs besoins en hommes, et ils cherchaient alors à revendre leurs nouveaux prisonniers. Cela pouvait relever de l’opération de troc pour autant que les prises étaient équilibrées, du moins qualitativement : pour délivrer Dragut, Barberousse, qui exerce le pouvoir à Alger depuis 1718, libérera, en plus de la cession de l’îlot de Tabarka et d’une rançon, toute la population de Lumio, razziée peu de temps auparavant. Pour le reste, l’argent permettait à ceux qui en avaient les moyens de racheter les personnes qui leur étaient les plus chères. A la longue, se mit en place un véritable commerce avec ses intermédiaires attitrés à Livourne et Tunis. Mais, dans l’immédiat, le rachat pouvait se faire dans les jours suivants : ainsi, après l’attaque d’Urtaca, les corsaires s’installent au large de Calvi et font savoir leurs prix et conditions pour libérer les prisonniers, les corsaires n’ayant pas la capacité de transporter l’ensemble de leurs prisonniers… I - Monticello, au 16ème siècle
Le village comporte en moyenne à cette
époque une centaine de familles, soit un peu plus de 400 habitants,
vivant dans un nombre sûrement moins important de
maisons (plusieurs d’entre elles, accueillant plusieurs familles),
formant un ensemble progressivement fortifié et comportant un nombre
croissant de tours.
1 -
Rappel historique : un siècle tragique Les conséquences de la peste, qui frappa durement Monticello entre 1494 et 1497 et des éventuelles séquelles qui frappaient peu de temps auparavant Calvi et la Balagne occidentale, et de la première razzia barbaresque qui serait survenue en 1530 ne sont sans doute pas complètement illustrées par le registre de taille de 1531, qui fait encore apparaître un niveau élevé de population de 95 foyers (73 feux et 22 demi feux, dont 19 ayant pour chef 1 veuve et 3 seulement un orphelin), c'est-à-dire près de 400 personnes, déjà bien inférieure à celle enregistrée lors du précédent recensement de 1498. Toutefois, si on s’en tient aux 82 foyers (69 feux + 13 demi feux, dont 7 veuves et 6 orphelins) recensés en 1537, le montant de la population de l‘ordre de 349, paraît nettement plus faible encore, alors qu’on ne connaît aucune catastrophe marquante durant cette période. En fait, une comparaison plus attentive de ces deux registres montre qu’à une unité près cette chute est entièrement imputable à l’effondrement du nombre de veuves, qui tombe de 19 à 7, alors que le recul de 4 foyers ayant à leur tête un homme est cohérent avec l’augmentation de trois demi feux ayant pour référent un orphelin. On doit sans doute y voir l’effet d’une actualisation des registres fiscaux par l’administration génoise, qui expliquerait le fait que, selon Antoine Franzini, la plupart des veuves n’étaient pas imposées du tout en 1531, certaines étant sans doute déjà décédées, ou proches de l’être. En tous les cas, pour autant qu’on puisse se fier davantage à ce registre de 1537, la population de Monticello paraît bien faible, surtout quand on le compare aux 479, qui sont déclarés en 1549, 12 ans plus tard ! C’est particulièrement vrai si on considère que Monticello aurait été entre temps victime de deux autres razzias menées par le terrible Dragut :
- en 1539,
ce dernier aurait détruit une partie des habitations et capturé des
habitants. Toutefois, cette attaque n’est pas documentée, si ce
n’est sous la forme de la razzia menée au mois de juin par Daliamat
contre Palasca, faisant 22 victimes et 145 personnes emportées :
- La razzia de 1549 Celle-ci nous est particulièrement bien connue par une requête effectuée six semaines après les faits, le 9 octobre suivant, probablement au titre de l’ensemble de la communauté, ou de ce qu’il en restait : « Le 20 du mois d’Août est venue l’armée de Dragut ennemi du Crucifix et ses partisans les Turcs, lesquels 2 heures avant l’aube ont donné l’assaut et ont tué 24 des nôtres (chrétiens) et emmené en captivité 263 personnes, brûlé des tours et diverses maisons, emmenant les trésors de nos églises, saccageant tout ce qu’il trouvait sur le chemin de retour vers leurs bateaux… De telle sorte que nous nous sommes trouvés dépouillés de tous nos biens. Le peu d’entre nous qui est resté était au nombre de 144 hommes et 48 femmes, grands et petits». Une requête ultérieure adressée par Risteruccio Orticoni q Giovanninello présente un bilan encore pire et sans doute un peu exagéré, affirmant que « 300 des 400 habitants du village auraient été envoyés en Barbarie ». En nous en tenant au premier témoignage, beaucoup plus précis, on trouve une population totale de 479 habitants, correspondant à une centaine de feux, chiffre relativement élevé, mais qui demeure dans le champ du vraisemblable. Toutefois, tous les prisonniers n’ont pas été conduits en esclavage, et on dispose de quelques cas où des rachats ont pu être effectués. Ils n'ont pas dû être très nombreux, pour cette razzia, comme pour celle de 1584, que l’on peut étudier beaucoup plus en détail (cf. infra) : d’une part, on imagine mal le transport d’un nombre aussi considérable de prisonniers sur des embarcations déjà fortement encombrées, d’autant plus qu’une campagne de razzia ne se limitait pas à un seul village : ainsi, Santa Reparata, a été également victime de cette même razzia. D’autre part, la comparaison avec les registres de taille qui suivent ces attaques font état d’un nombre de foyers beaucoup trop élevés pour qu’il en aille autrement. Ceci doit être particulièrement le cas pour les femmes, qui n’auraient été que 48 à être restées au village, à la suite de cette razzia de 1549, ce qui est incohérent avec le fait que l’on retrouve à nouveau une centaine de feux 30 ans plus tard, à la veille de la razzia suivante.- Une menace permanente pour un village insuffisamment fortifié La situation est désormais suffisamment grave en Balagne, pour que le meilleur ingénieur génois, Geronimo di Levante, dit Levantino, depuis déjà 10 ans en Corse, et à qui on a notamment confié le renforcement du site de Calvi, pour qu’il devienne le nouveau siège du Gouverneur, ainsi que les fortifications de Sartène, vienne à Monticello et Santa Reaparata, sans doute en 1750, et propose la meilleure façon de fortifier les deux villages qui viennent de subir conjointement l’attaque des corsaires. Ce sera d’ailleurs une de ses dernières missions, puisque, après une dernière intervention à Sartène, il meurt en février 1752, sur le chantier de Girolata. Durant l’été qui suit, Palasca est à nouveau ravagé à une ou deux reprises. Ce n’est, cependant pas là la cause principale de la coupable lenteur des travaux qui devaient être exécutés. La question principale est que les Génois, que ce soit l’Office de Saint Georges ou ensuite l’administration directe de la République, abandonnent le financement aux populations concernées, qui sont déjà exsangues, du fait des destructions, des disparus et des rançons et qui doivent lourdement s’endetter pour cela ! Dans ces conditions, malgré leur angoisse, les travaux ne seront pas achevés 35 plus tard, débouchant sur un nouveau drame. On ne saurait cependant pas mettre toutes les causes d’insécurité de l’époque sous la responsabilité des seuls corsaires musulmans. Ne sont-ils pas eux-mêmes encouragés à razzier, par les deux guerres entre chrétiens, qui ont notamment la Corse pour théâtre, même si nos villages et, plus largement la Balagne, semblent avoir été relativement épargnés ?
D’abord la guerre dite des français, qui
opposent ceux-ci, aidés de Sampiero Corso aux Espagnols et à leurs
alliés génois de 1553 à 1559 voit d’abord sur le terrain la victoire
presque complète des premiers, avec les prises successives de Bastia et
de Bonifacio. Chez nous, on note surtout qu’en septembre 1557, la
tour dite de Monticello est occupée, puis fortifiée par Rinoculo de
Speloncato. On ne sait pas bien s’il s’agit d’une tour du village ou,
plus vraisemblablement d’une tour du littoral : quoiqu’il en soit, elle
ne devait pas être une défense bien considérable, puisqu’elle est
attaquée presque immédiatement par le « « mestre de camp » français de
Cros, appuyé par des arquebusiers et de l’artillerie et qu’elle se rend
alors sur le champ. La conclusion de cette première guerre dément
toutefois le rapport de forces établi dans l’île, puisque le traité de
Cateau-Cambrésis confirme la souveraineté génoise sur la Corse. Elle
n’apporte d’ailleurs pas de répit à nos villages, puisqu’on relève ainsi
une nouvelle descente contre Santa Reparata, le 22 mai 1561.
Celle-ci donnera lieu à une nouvelle requête de cette communauté, en
date du 23 septembre, pour demander à Gênes qu’on puisse enfin organiser
sa défense. La seconde guerre, dite de Sampiero, de 1564 à 1569 se heurte au rôle ambigu des caporali et des anciens nobles, dont le déclin devient définitif. Elle échoue avec la mort de celui-ci, malgré le soutien plus ou moins assuré des Français et des Turcs, et donne ainsi à ces derniers des opportunités supplémentaires pour ruiner nos côtes. On aurait pu penser que la grande victoire maritime de Lepante, en 1572, de l’ensemble des flottes chrétiennes (à l’exception notable des Français, empêtrés, il est vrai dans les guerres de religion) sur les Turcs, rétablissant leur hégémonie maritime, sécuriserait désormais le littoral des îles. Mais ce sont alors les corsaires des régences d’Afrique du nord et surtout d’Alger qui assurent désormais la conduite des razzias. On en a localement une triste démonstration avec la prise de la tour d’Ile-Rousse par les Turcs en 1572-73. C’est ce qui motive une nouvelle démarche de la communauté de Monticello, pour laquelle il est prévu, en décembre 1574, la construction de nouvelles défenses pour un montant de 1 000 lires de travail. Malheureusement, leur réalisation va d’autant plus tarder que d’autres dépenses sont souvent jugées plus urgentes. Il est difficile d’achever les travaux, alors que la communauté éprouve de grandes difficultés pour faire face au paiement des dettes déjà contractées pour la construction des fortifications. Aussi demande t’elle des facilités de paiement et demandent aux Nobles XII d’appuyer leur requête
2 - Monticello,
une proie tentante : les enseignements des registres de 1580 et 1581
En 1581, les foyers
recensés sont au nombre de 109, parmi lesquels cependant 9 ou 10
sont seulement inscrits « pour ordre », car absents de Monticello
ils paient la taille dans une autre commune : ainsi, trois veuves
originaires de Caccia sont reparties dans leur village d’origine.
Les 99 ou 100 restants correspondent à une population qui dépasse à
peine les 400 habitants. Toutefois, on observe que, parmi les contribuables payant taille pleine, figurent 7 orphelins, ce qui suppose que leur père est mort dans l’année et qu’ils doivent acquitter le plein tarif de celui-ci, même s’il est mort la veille de la collecte… Ajoutés aux précédents (orphelins depuis plus d’un an), on arrive ainsi à un total de 24 ménages sur 99, soit un quart du total qui a, à sa tête, un orphelin auquel on peut ajouter les 4 veuves restantes. Finalement, compte tenu d’hommes âgés ou invalides, le nombre d’hommes capables d’opposer une résistance à une agression ne devait guère dépasser la centaine. Or, les Génois leur interdisaient normalement d’être armés (les dispenses connues sont individuelles et exceptionnelles), même si on sait que quelques coups d’arquebuses ont pu être tirés en juin 1584 pour tenter de dissuader les agresseurs. Ajoutons à cela que les remparts et autres fortifications n’étaient toujours pas achevés plus de trente ans après la déjà terrible razzia de 1549, on comprend alors que ce village, prospère du point de vue agricole et si proche de la mer, était évidemment une proie tentante pour les corsaires d’Afrique du nord, qui ravageaient depuis longtemps toute la côte.
1 - Éléments de récit - Le rapport du commissaire génois La lettre du commissaire de Balagne, Battista Delfino, adressée au Sérénissime Sénat de Gênes, le 1/7/1584 deux jours après le drame nous apprend l’essentiel : « Le 29 de ce jour, 2 heures avant l’aube, sont apparus sur la plage de Monticello 21 bateaux débarquant 1000 Turcs environ qui, rencontrant peu de résistance, la plupart des hommes étant aux champs à surveiller leurs champs d’avoine, ont investi et brûlé tout le village de Monticello, sauf une tour dont ils avaient même brûlé la porte. Là-dessus, 250 hommes ayant pour but de terroriser par leurs tirs quelques arquebusiers, lesquels bien qu’ayant causé peu de dommages aux Turcs, les obligèrent à se retirer abandonnant la tour dans laquelle se trouvaient 60 personnes. Lors de leur retour vers leurs bateaux, ils brûlèrent tous les champs d’avoine qu’ils trouvèrent… le village a perdu entre les morts et les captifs 164 personnes … » On est d’abord frappé par la similitude des modes d’opération, qui les rendaient relativement prévisibles, et par là même encore plus impardonnables le fait que les autorités génoises n’aient pas pu les prévenir 35 ans après l’opération précédente : même saison (toujours entre mai et août), toujours deux heures avant le lever du jour, pour ne pas être perçu et, au moment, où une partie importante de la population partait au champ (ici pour moissonner les champs d'avoine), etc. - Quelques témoignages ultérieurs
- de Marseille (juillet
1589) - Le registre de 1584 a été établi moins de 6 mois après le drame. Recopiant imperturbablement les registres précédents, le collecteur d'impôts continue à inscrire les familles entièrement disparues, pour leur réclamer leurs tailles. Aucune exonération exceptionnelle, ou même allègement extraordinaire n’est mis en œuvre. Pire, le montant de la taille a augmenté pour les survivants, même s’il ne reste plus qu’un orphelin qui doit payer le montant entier, puisque son père était vivant moins d’un an auparavant ! On apprend ainsi qu’environ, la moitié des familles sont frappées par l’attaque, dans des proportions évidemment variées. Dans ce registre, un tiers environ des familles a été entièrement détruit, leurs maisons brûlées, tous leurs biens disparus ! Beaucoup se font enfuis, parfois, non loin, à Vortica (deux ou trois familles), ce qui donne à penser que le hameau abandonné deux siècles auparavant avait sans doute encore quelques maisons debout, moins délabrées que celles qui venaient de subir le sac des corsaires.
première page du registre de taille de 1584 encadré en jaune les victimes des barbaresques, en rouge nos commentaires en bleu les commentaires du collecteur d'impôts pour ceux qui sont pris ou tués par les Turcs Pieve d'Aregno villa delmonticello Gio filippo q Nicolo, 2.12.24 paie taille taille entière Gianelino q Angeletto, morto e brugiato da turchi Gio Bernardino q Taliano, e delli dodici di corsica noble XII, exempté Tome q Gilormo, e andato a Roma (?) e non si trova nulla Pietro di Merchione, sta a Nessa Gio Antone q Federico, 2.12.24 paie taille taille entière Gio Gregorio q Luchese, 2.12.24 paie taille taille entière L'orfano q Giapicone di Salvatore, preso da turchi Tadeo q Simone, morto e la famiglia presa da turchi Pandolfo q Alfonso, 2.12.24 paie taille taille entière Consalvo q Gabriello podesta, (sorte de maire du village), exempté L'orfani q Gio Roccu di Britio, presi da turchi Martino q Giapichettu, e andato allo ... e la famiglia presa da turchi Marco q Gianinello, morto da turchi e non si trova nulla Anton Paolo q Santino, morto e gli figli suoi presi da turchi - Les registres de 1585 et 1587 continuent sur le même mode. Pour l’essentiel, ils se contentent de recopier le précédent, ce qui nous confirme donc par deux fois, ce qui est arrivé à chaque famille. Tout au plus, font ils apparaître quelques modifications marginales : On note ainsi quelques retours dans les années qui suivent : - Le cas du podestat, en 1585, sans doute revenu après rançon - Une petite émigration due au sentiment d’insécurité ? Finalement, ne rayant jamais de nom, mais en ajoutant quelques uns à chaque collecte, à la faveur des quelques retours, les collecteurs donnent l’impression que la population de Monticello augmente au point de représenter 120 foyers en 1587, contre 109 au début de la décennie. Bien entendu, cette fiction, ne correspond pas aux recettes fiscales qui devraient se trouver en face de leur nom. Il faudra le registre de 1588, pour assister à une remise à jour complète, qui nous permet de faire un bilan complet. - Le registre de 1588 Cette remise à jour fait tomber d’un tiers le nombre de feux par rapport à l’année précédente, de 120 à 80 ! D’après nos estimations, la population de Monticello est finalement tombée de de près de 450 personnes, au début de la décennie. Chute dramatique, mais relativement moins importante que celles connues déjà deux fois auparavant dans le siècle : de 478 en 1498 à 396 en 1531 en et même à 350 en 1537 ; ou, encore après la razzia précédente de 1449, bien qu’il soit difficile de savoir combien de personnes ont pu être finalement rachetées dans ce cas. - Le cas de Natale, père du colonel Morazzani, qui paie 4 tailles d’un coup, phénomène unique. L’interprétation la plus simple est de considérer qu’il était absent au moment de l’attaque, étant peut être déjà officier in terra ferma. Apprenant le drame, il serait revenu au village, mais il ne se serait pas empressé de déclarer son retour au fisc, ce qui le conduit à payer tout l’arriéré d’un coup, probablement sans amende (tout de même…), car sinon il en aurait probablement été fait mention. Conclusion A la fin du XVIème siècle, Monticello a failli mourir. Ce fut le cas de nombre de villages proches de la mer à cette époque, en particulier de l’Ostriconi au Filisormo : on comptera en 1577, 95 localités désertées sur 400 villages dans l’ensemble de l’île. Bien sûr, il y eut presque toujours des survivants, mais ils durent fonder un nouveau village plus loin des côtes [Ce souci de refuge n’explique t’il pas les emplacements actuels de Palasca et de Novella ?] , ou, pas assez nombreux pour le faire, se fondre dans une communauté voisine, comme les anciens habitants de Spano à Lumio. La population entière de ce dernier village ne fut elle pas pris en otage par Dragut et ne dut-elle pas sa libération collective qu’à la capture presque immédiatement après de ce dernier, qui permit de la délivrer collectivement ? A Monticello, plus de la moitié de la population disparue le 29 juin 1584, tuée ou enlevée à jamais. Pourtant quand on additionne les trois catastrophes majeures que furent pour notre village la peste de 1494-97, de la razzia de 1549 et de celle de 1584, c’est plus que la population totale du village, qui disparaît ! Parfois l’exagération s’en mêle quelque peu, mais pour les deux derniers évènements nous disposons de chiffres fiables, émanant notamment de l’administration génoise, peu encline à minimiser la population restante, puisqu’elle en tire ses rentrées fiscales (elles les augmentent même relativement), qui ne cessent pas malgré le drame.
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